
Comment mesurer la force de serrage en usinage
- contact561907
- 28 août
- 5 min de lecture
Une pièce qui marque dans les mors, glisse en ébauche ou vibre à la reprise ne manque pas toujours de force de serrage. Elle peut aussi subir une force mal répartie, mal répétée ou insuffisante à la vitesse réelle de rotation. La question de savoir comment mesurer force serrage concerne donc directement la sécurité, l’état de surface, la durée de vie des outils et le taux de rebut.
En atelier, la valeur affichée sur un régulateur hydraulique ou pneumatique ne constitue pas une mesure de force au point de contact. C’est une pression d’alimentation. Entre cette pression et l’effort réellement transmis à la pièce, interviennent la cinématique du mandrin, l’état des mors, les frottements, la course de serrage et, sur un tour, la force centrifuge. Mesurer utilement demande de distinguer ces paramètres.
Comment mesurer la force de serrage avec une méthode fiable
La mesure directe est la référence. Elle consiste à placer un capteur de force adapté entre les éléments de serrage, puis à fermer le dispositif dans les conditions prévues de production. Le capteur transforme l’effort appliqué en une valeur exprimée généralement en kilonewtons (kN) ou en livres-force (lbf). Cette approche s’applique aux mandrins de tour, aux étaux, aux pinces et à certains outillages spéciaux.
Sur un mandrin à trois mors, on utilise un dynamomètre de serrage conçu pour le diamètre de prise et la géométrie des mors. Il doit être positionné à la même distance que la zone réellement serrée sur la pièce. Une mesure réalisée loin des mors doux usinés ou avec un diamètre de contrôle différent peut donner une valeur exploitable pour un diagnostic, mais non représentative de la production.
Pour un étau, la mesure peut être effectuée avec une cellule de charge ou un capteur placé entre les mors. Le résultat dépend de la position du mors mobile, de la hauteur de serrage et du parallélisme des surfaces. Si la pièce est bridée sur une faible hauteur ou avec une morsure insuffisante, l’effort mesuré ne garantit pas à lui seul la tenue face aux efforts de coupe.
Les systèmes de pinces exigent une attention particulière. La force est liée au tirage axial qui déforme la pince sur la pièce. La valeur recherchée doit donc être mesurée avec un dispositif compatible avec la pince, son diamètre nominal et sa plage de fermeture. Une pince serrée trop loin de son diamètre nominal peut perdre de la concentricité ou générer un effort moins prévisible.
Pression hydraulique, pression pneumatique et force réelle
Dans un mandrin hydraulique ou pneumatique, l’opérateur lit souvent des bar ou des psi. Ces unités indiquent une pression, pas une force de serrage. La force théorique du vérin peut être approchée par la relation :
Force = pression × surface utile du piston
Cette valeur ne correspond pas automatiquement à l’effort exercé par chaque mors. Le mécanisme de transmission, les pertes par frottement et la configuration du mandrin modifient le résultat. La documentation du fabricant fournit habituellement une courbe ou un tableau reliant la pression à la force statique de serrage, pour une course et un diamètre déterminés.
Cette donnée est utile pour régler une machine, à condition qu’elle soit validée sur l’équipement réel. Un mandrin entretenu, correctement lubrifié et réglé ne réagit pas comme un mandrin encrassé, dont les coulisseaux sont usés ou dont le cylindre présente une fuite interne. Dans ce dernier cas, la pression peut sembler correcte alors que la force disponible est inférieure à la valeur attendue.
La mesure indirecte par pression convient donc au suivi courant après étalonnage. La mesure directe reste nécessaire lors de la mise en service d’un montage, après une réparation, après un incident de serrage ou lorsqu’un défaut de répétabilité apparaît.
Le régime de rotation change la force disponible
Sur un tour, la force mesurée à l’arrêt ne suffit pas pour valider une opération à grande vitesse. Les mors subissent une force centrifuge qui tend à réduire la force de serrage effective. Plus le diamètre des mors, leur masse et la vitesse de rotation augmentent, plus cette perte peut devenir significative.
Un mandrin peut ainsi tenir correctement une pièce à faible régime et la laisser glisser à une vitesse de production plus élevée. Le phénomène est particulièrement sensible avec des mors doux hauts, des mors rapportés lourds, des pièces à faible diamètre de prise ou des opérations d’ébauche à effort radial important.
La bonne pratique consiste à comparer la force statique mesurée avec la force minimale nécessaire à la vitesse maximale programmée. Les données du constructeur du mandrin servent de base, mais la configuration réelle des mors doit rester compatible avec les limites de masse, de diamètre et de régime. Augmenter sans discernement la pression n’est pas une réponse universelle : la pièce peut se déformer, se marquer ou dépasser la capacité admissible du système.
Une procédure de contrôle adaptée à l’atelier
Avant de mesurer, nettoyez les surfaces d’appui, les mors et le capteur. Vérifiez aussi que le dispositif de serrage fonctionne sur sa course normale. Un capteur posé sur une zone polluée par des copeaux ou sur des mors endommagés produit une lecture qui peut masquer le problème réel.
Effectuez ensuite plusieurs cycles de serrage au réglage de production. Trois à cinq relevés permettent déjà d’observer la répétabilité. Notez la pression réglée, le type de mors ou de pince, le diamètre de contrôle, la position axiale, la course de serrage et, pour un mandrin rotatif, le régime maximal prévu. Sans ces informations, une valeur de force isolée perd une grande partie de son intérêt pour les méthodes et la maintenance.
Enfin, comparez la valeur obtenue à la fiche technique du système et aux besoins de l’opération. Le besoin de serrage dépend de l’effort de coupe, de la matière, du coefficient de frottement, du porte-à-faux, de la profondeur de passe et du risque de déplacement axial. Une opération de finition sur aluminium n’impose pas les mêmes exigences qu’une ébauche en acier allié avec interruptions de coupe.
Ce que révèle une force de serrage instable
Une baisse régulière de force peut signaler une lubrification insuffisante, l’encrassement des coulisseaux, l’usure des mors, une fuite sur le cylindre ou un défaut dans la distribution hydraulique ou pneumatique. Une valeur stable mais trop faible peut provenir d’un mauvais réglage de pression, d’un vérin sous-dimensionné ou d’une configuration de mors non adaptée.
Une dispersion entre les cycles est souvent plus préoccupante qu’une légère différence avec une valeur théorique. Elle annonce des défauts difficiles à maîtriser : variation de faux-rond, longueur de reprise instable, vibrations intermittentes ou arrêt machine causé par une pièce sortie du mandrin. Dans une cellule automatisée, ce type de défaut peut aussi perturber la prise robot et multiplier les rebuts avant d’être détecté.
Contrôlez également l’équilibre entre les mors. Sur un mandrin, une pièce peut sembler correctement tenue tout en recevant une charge dissymétrique. Le résultat se traduit par une déformation de pièce, une concentricité dégradée après desserrage ou une usure anormale d’un seul mors. Le contrôle de force complète alors les vérifications de faux-rond, de battement et de géométrie des mors doux.
Choisir le bon niveau de serrage
La force maximale n’est pas l’objectif. La bonne force est celle qui immobilise la pièce avec une marge suffisante, sans la déformer ni endommager sa surface fonctionnelle. Pour les parois minces, les tubes, les pièces moulées ou les composants de précision, le choix des mors, de la surface d’appui et de la stratégie de serrage est souvent plus déterminant qu’une hausse de pression.
Un montage bien conçu répartit l’effort au plus près des zones capables de le supporter. Des mors doux usinés au profil de la pièce, une pince adaptée au diamètre, un étau à appuis corrects ou un mandrin à compensation peuvent réduire la pression requise tout en améliorant la répétabilité. C’est aussi une façon directe de limiter les reprises et les temps de réglage.
Chez C2hemo, l’analyse d’un besoin de serrage commence utilement par la pièce, l’opération, la machine et la cadence visée. Une mesure de force correctement réalisée transforme alors un doute d’atelier en donnée exploitable pour choisir, régler ou remettre en état l’équipement. Lorsqu’une pièce doit tenir sans se déformer, le contrôle le plus rentable est celui qui reproduit réellement ses conditions d’usinage.



Commentaires